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INTERVIEWS

INTERVIEW DE MARY FRANCES ATTÍAS, RÉALISATRICE ET PRODUCTRICE EXÉCUTIVE DE "A LEAP INTO THE VOID"



ÉDITION SEPTEMBRE 2022





INTERVIEW



Mary Frances Attías, merci beaucoup d’avoir accepté cet entretien. Entrons dans le vif du sujet si vous le voulez bien. Comment avez-vous décidé de vous attaquer à cette vaste question de la violence sexiste et de l'enlèvement d'enfants dans les affaires de violence parentale en Amérique centrale et latine et au-delà?


En 2007, notre journal local a relaté un cas confirmé de violence qui m'a profondément choquée. Depuis lors, en tant que scénariste et productrice aspirante, j'ai souhaité travailler dans l'industrie cinématographique pour dénoncer et communiquer les différents aspects de la violence. Après la pandémie, le besoin de le faire s’est révélé encore plus pressant avec l'augmentation de la violence due au confinement domestique.


Ainsi, avec l'aide d'un ami, producteur et scénariste, nous avons réuni une équipe de jeunes talents pour faire de “A Leap into the Void” (« Un saut dans le vide ») une réalité. Parmi ces jeunes talents, les deux réalisateurs, Adrian Santana et Adrian Díaz, ont travaillé avec nous pour adapter ce que nous voulions dire en scénario.







Le film étant emmené par deux metteurs en scène masculins, vous vous êtes attelée à une tâche très difficile, ce qui mérite d'être saluée. Pensez-vous pouvoir avoir un impact supplémentaire parce que nous ne sommes pas dans un cadre où des femmes s'adressent à des femmes ?


En tant que productrice exécutive et scénariste, j'ai dû mener plusieurs discussions pour expliquer mon point de vue sur la façon dont l'histoire devait être racontée et pourquoi. Il m'a fallu de nombreux efforts et du temps pour expliquer le point de vue féminin et aider les membres masculins de l'équipe à voir la réalité de cette société qui cautionne les actions des hommes même lorsqu'elles sont « mauvaises ». Ils ont dû apprendre des faits et comprendre la nécessité de communiquer le message. Plusieurs corrections ont été apportées au script original pour accomplir cette tâche ardue.





Vous avez déclaré à propos du film : « En tant que réalisateurs, nous avons ressenti la pression de raconter cette histoire d'une manière qui puisse avoir un impact positif. Nous avons compris que réduire la violence graphique au minimum, (...) mettre l'accent sur les conséquences et les traumatismes qu'elle laisse était la meilleure manière (...)

Nous avons utilisé un langage cinématographique moderne et un rythme fluide pour rendre ce sujet abordable, ce que beaucoup trouvent inconfortable. »

Pensez-vous que la mise en avant de la violence de genre, même en « réduisant la violence graphique au minimum », est vraiment un moyen de parvenir à une fin ?


Nous avons convenu au préalable avec les réalisateurs d’écarter la violence explicite, car nous voulions que cette pièce soit éducative et projetée dans les universités, les écoles et les espaces culturels afin de susciter une discussion et une prise de conscience sur la violence et d'aider à créer de véritables solutions au niveau sociétal.





A Leap Into The Void (« Un saut dans le vide ») est « un regard sur un cas réel pour rendre justice à ces vraies victimes, sachant que même dans les pires fins, il peut y avoir une seconde chance, mais surtout que les fins tragiques peuvent être évitées ».

Dans le film, Tania transmet ses apprentissages à un groupe de thérapie, mais sa vie est brisée à jamais. Avez-vous des exemples de ce qui peut être fait pour donner une seconde chance aux victimes ?


Je ne suis pas experte de ce domaine, mais je crois savoir que les thérapies individuelles et de groupe fonctionnent bien dans ces cas-là. L'engagement de la victime dans ce processus est également essentiel pour traverser les étapes du deuil.

La stabilité compte énormément, et la création d'un sentiment de sécurité par le biais d'un emploi ou de l'établissement d'une routine est importante. Il s'agit d'une cicatrice profonde, et ces femmes ont besoin de tout le soutien qu'elles peuvent obtenir pour continuer à vivre.





Diriez-vous que vivre dans un pays catholique pratiquant et être catholique change la donne ?


Je crois que oui. En tant que femme catholique, je ne suis pas d'accord avec certaines pratiques de soumission que l'Église a soutenues pour éviter les divorces. De nombreuses croyances erronées ont fait que les femmes sont tombées entre les mains d'hommes violents. La religion, en général, devrait réviser certaines de ces approches.



Vous abordez le cercle vicieux de l'alcoolisme et de la violence chez les hommes et une attitude dominatrice quelque peu patriarcale à l'égard des femmes, leur refusant l'accès à l'enseignement supérieur et, donc, à l'autonomisation. Quelle importance revêt cette question en République dominicaine et dans les cultures hispaniques en général au XXIe siècle ?


Ce point est très important. En fait, les statistiques montrent que les femmes sont maintenant autonomes, qu'elles produisent et progressent professionnellement de plus en plus. De nombreux foyers dominicains sont des foyers monoparentaux soutenus par des femmes. Nous devons investir dans l'éducation, l'autonomisation et la santé mentale des femmes. Ce sont quelques-uns des aspects que nous abordons en tant que « Fondation TimeArt ». L'alcool est un détonateur et un symptôme de la violence et devrait être pris en compte dans l’ensemble des pays.





Tania, la principale protagoniste, se résigne à travailler dans un bar de nuit qui est le repaire du type d'hommes qu'elle cherche à fuir. Cette situation vous est-elle familière?

Les femmes ne sont-elles pas ainsi piégées dans un rôle de soumission, alors qu'elles donnent l’impression d’acquérir leur indépendance grâce à un emploi?

La protagoniste principale dit: « Je me suis rendu compte que je l'ai cru (le mari) parce que je n'avais aucune estime de moi. » À votre avis, que peut-on faire pour aider réellement les femmes à s'émanciper?


Malheureusement, les femmes sans moyens ni éducation tombent souvent dans ce piège en travaillant dans des lieux de travail peu recommandables. Mais la violence est partout. Certaines institutions, religieuses ou gouvernementales, tentent d'aider ces femmes.

En tant que société, nous devons travailler à développer l'estime de soi des femmes.

Cela passe par l'interdiction des comportements « machistes » ou patriarcaux qui minimisent la valeur des femmes, les réduisant à de simples transactions ou à des icônes publicitaires pour vendre des marchandises.

Les femmes ne sont pas des objets, ni des biens, mais des êtres humains dotés de droits.



Brève déclaration décrivant votre vision du cinéma post-covid.

Pensez-vous que des changements notables vont se produire ?


« Les confinements ont été une grande opportunité pour montrer des films et des séries. C'était l'une des activités qui pouvaient avoir lieu à la maison. Je pense qu'il y a beaucoup d'histoires à raconter à partir de l'expérience Covid. Les gens ont changé, et leurs valeurs aussi. Je pense que nous avons appris de nouvelles façons de faire les choses. Cela aura un impact sur le cinéma. Les films devront refléter ces changements ».

Mary Frances Attías




“A LEAP TO THE VOID” DANS LA PRESSE: Listin Diario Dominican Today Diario Libre Listin Diario


BIO


MARY FRANCES ATTÍAS






La curiosité, l'admiration de la nature et la fragilité de la condition humaine sont des éléments qui imprègnent mon travail artistique. Une personnalité aventureuse et agitée me pousse à découvrir des histoires dans tout ce que je vois. En tant que photographe, scénariste et productrice, mon travail est généralement empreint de la présence du quotidien et de l'actualité, d'un point de vue très ambigu, comme déclencheur pour aborder des questions universelles liées à l'identité, la mémoire, le temps, l'amour et la mort. J'essaie de communiquer ma vision personnelle du monde, créant ainsi une sorte de journal intime partagé. Je me passionne pour la photographie de rue, le portrait, la littérature, le cinéma et la peinture comme moyen d'interpréter le monde qui nous entoure et pour faire face aux situations qui me préoccupent. En tant que cinéaste, "A Leap to the Void" est mon Opera Prima. Mais de nombreuses histoires attendent dès à présent d'être dévoilées.



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