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INTERVIEWS

INTERVIEW AVEC JENNIFER SMITH, PRODUCTRICE ET RÉALISATRICE DE "FINDING MY EDGE"

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Jennifer Smith, soyez la bienvenue. Merci d’avoir accepté cette interview VIP !

Si vous le voulez bien, entrons dans le vif du sujet.

Votre film Finding My Edge a été sélectionné dans la catégorie du meilleur film sportif, du meilleur court-métrage documentaire et de la meilleure voix-off au Cannes World Film Festival. Félicitations pour votre nomination. Au-delà de l'expression « aller au bout de ses capacités », nous voyons dans ce film une ode à l'épanouissement personnel, à un défi qui nous sort de notre zone de confort.


Finding My Edge est également intéressant en tant qu'acceptation du plus beau défi de la vie, c'est-à-dire la maternité, et peut-être y a-t-il une référence au « mieux échouer », pour paraphraser Samuel Beckett, si l'on s’intéresse à la décision de Sara d'abandonner la course. Le thème de la seconde chance est-il important ?


Merci beaucoup. Vous avez saisi exactement ce que nous voulions montrer. Dans notre film, on assiste à un voyage physique. C’est une tentative de randonnée sur 205 miles (402 km), qui se termine au 86e mile (138e km), après un an d'entraînement, sur un abandon. Avant toute chose, il s’agit d’un voyage mental et même spirituel où l'esprit pèse sur ce que le corps peut accomplir.


Sara bénéficie des encouragements des amis et de la famille, mais en fin de compte, c’est elle-même qui doit évaluer ses priorités et prendre des décisions le long du parcours.

Il y a la déception de ne pas terminer ce que l'on a décidé de faire.

C'est comme une « démission de l'ego », une prise de conscience que ce qui comptait pour Sara au départ pouvait changer de façon radicale.


Voici ce que m’a dit Sara Morris, notre ultra-marathonienne du film : « Dans le monde de l'ultramarathon, il y a un fil conducteur : il n’existe pas de mauvaise course et on peut apprendre de chaque abandon. L'Ultra, c’est comme la vie ; vous contrôlez ce que vous pouvez, vous résolvez les problèmes si vous perdez le contrôle. Il y a toujours une autre ligne de départ. Donc, même si je n'ai pas terminé la course, j'ai beaucoup appris sur moi-même et sur comment retenter ma chance à l'avenir. »


Les mots de Samuel Beckett peuvent sembler ne pas correspondre ici — à moins, bien sûr, de connaître l'origine de l'expression « Fail better » (« mieux échouer »), qui apparaît cinq fois dans la nouvelle « Worstward Ho », écrite par Beckett en 1983, dont la première phrase est la suivante : « Celui qui n’a jamais essayé. N’a jamais échoué. Qu’importe. Il faut essayer encore. Échouer encore. Échouer mieux. »


J’en conviens, ce sentiment semble avoir une résonance par rapport à la mentalité des

« ultrarunners », car le coureur ressent la douleur ou la fatigue et risque de se blesser ou de rencontrer d'autres difficultés dans la course. Pourtant, chaque échec peut être fécond en ce qu’il fait germer un succès à venir. Participer à ce type de course peut être décrit comme suit :

« D'abord, il y a le corps. Non. D'abord, le lieu. Non. Ce sont les deux d’emblée. Puis l'un ou l'autre. Et là, l'autre. Si tu es malade à cause du premier, concentre tes efforts sur le deuxième. Si tu en as marre du second, reviens au premier. Et ainsi de suite. Et encore. Jusqu'à ce que tu en aies marre des deux. Dégueuler et repartir. Où, ni à un endroit, ni à l’autre. Jusqu'à en avoir marre de là-bas. Dégueuler et revenir. Le corps est là, encore une fois. Où ? Le où n’a plus d’importance. Puis le lieu se manifeste à nouveau. Lorsqu’il n’y a plus de où. Essayer encore. Échouer encore. Mieux encore. Mieux ou pire. Échouer encore plus mal. Encore pire. Tomber malade pour de bon. Dégueuler pour de bon. Repartir pour de bon, se relever. Là où ni l'un ni l'autre ne comptent plus, pour de bon. Pour de bon et voilà tout. »

Je pense que tout coureur d'ultra-trail dirait que les mots ci-dessus sonnent vrai. Alors, oui, il y avait un défi à relever, le plus beau défi de la vie, selon les mots de Samuel Beckett.





Dans votre bio, vous dites que « vous avez entendu l’appel de la création ».

Pouvez-vous nous dire comment cet appel est intervenu ? Êtes-vous d'accord avec les mots de Fellini : « Tout art est autobiographique ; la perle est l'autobiographie de l'huître » ? Si oui, avez-vous trouvé votre perle ?


Bien sûr. Je suis d'accord avec les belles paroles de Fellini. Tout art, toute histoire passe par l'autobiographie d'un peintre, d'un auteur ou d'un réalisateur. Chaque créateur a une voix unique pour cette raison. J'espère trouver et faire briller de nombreuses perles.

Pour moi, chaque histoire est une perle.


Durant le confinement de la pandémie, j’étais réveillée la nuit par des rêves d'histoires. Puis j'ai commencé à les écrire, et à imaginer mentalement des films à partir des histoires que j'écrivais. Puis j'ai commencé à écrire des scénarios. C'était comme si les histoires avaient percolé pendant toute ma vie, et qu'elles étaient déterminées à trouver leur voie. Cela a été un processus très productif.


Ce film est né parce que j'ai dû abandonner temporairement la réalisation de mon court métrage narratif, Soft Hands, après la fusillade de l'école d'Uvalde au Texas l'année dernière. Je voulais filmer dans le lycée de Hondo (Texas), une ville située juste à côté d'Uvalde, (Texas). Les administrateurs de l'école de Hondo étaient très prudents et anxieux à cause du COVID et hésitaient à ouvrir les portes de leur école en raison de la violence armée, ce qui était compréhensible. J’ai donc dû passer à un autre projet.


J'ai décidé de réaliser ce documentaire, avec ma fille Sara qui allait se lancer dans cette course autour du lac Tahoe, en Californie. Certains des créatifs que j'ai engagés étaient des personnes qui m’accompagnaient déjà pour mon court-métrage narratif. C’est ainsi que tout s’est mis en place. J'ai eu la chance que Sara passe très naturellement à l’écran et qu'elle accepte de faire équipe avec moi. Ce projet est très personnel !





Comment passe-t-on de la sphère juridique à la réalisation de films sportifs ?


Je suis avocate d'affaires et je me sens à l'aise dans ce monde. J'ai compris ce que Sara souhaitait accomplir dans sa course et j'ai pensé que nous pourrions mettre en lumière son histoire. Je pense que davantage de femmes se lanceraient dans l'industrie cinématographique si elles savaient qu'elles n'ont pas à demander la permission à qui que ce soit, et qu'il suffit qu'elles croient en leur histoire pour la raconter.


J’étudie le cinéma en amatrice depuis trente ans. J'ai toujours essayé de comprendre comment les cinéastes construisaient une histoire, comment ils la rythment, pourquoi ils se concentrent sur des éléments spécifiques et comment ils évoquent l'émotion.

Notre directeur de la photographie, Ben Ferguson, avait l'habitude de filmer des documentaires, en particulier sur les surfeurs dans l'océan. Notre compositeur, Tamara Miller, avait déjà une expérience de la télévision.


Notre monteur, Elad Adelman, basé en Suisse, a réalisé des publicités pour de grands constructeurs automobiles qui racontaient des histoires de famille. J'ai recruté tous nos techniciens sur la base de ce que leur travail m'avait montré qu'ils pouvaient faire. Notre photographe, Sabrina Hammoudeh, est une brillante photographe naturaliste et portraitiste.



Cette question s'adresse plutôt à Sara, votre principale protagoniste. Comment passe-t-on de la course à pied et de la randonnée en tant que maman dans un groupe comme le SLAM – « Sweat like a mother » (« les mamans qui mouillent la chemise ») - à « l'assaut » du Tahoe 200 ? C'est un défi époustouflant, n'est-ce pas ? Et comment se lance-t-on dans la course à pied "ultra" (ultra-marathon) ?


Voici la réponse de Sara : « Passer d'un groupe de fitness à la course à pied de 5 km, puis à l'Ultra, n'est pas si inhabituel pour quelqu'un comme moi. Les membres de ce même groupe qui ont couru un marathon ou plus, après leur maternité, en rejoignant un groupe, représentent probablement plus de la moitié du total, au fil du temps.


Le fait d'être entourée de personnes ayant de grands objectifs, car cela engendre de grands objectifs pour tous les membres du groupe est indéniablement vrai. Ma principale raison pour passer du marathon à l'ultramarathon s’est trouvée dans la culture qui entoure ces événements.


Les coureurs sur route s'intéressent toujours d'abord à votre rythme ou à votre temps, tandis que les ultra-marathoniens, en particulier les coureurs sur piste, vous interrogent sur le parcours ou l'expérience. Le temps n'a plus d'importance dès lors que vous apprenez quelque chose. Même le fait de finir ou non la course n'est pas la question; l'important est de se lancer et d'essayer. Pour moi, la décision d'essayer la Tahoe 200 a été motivée par l’envie de vivre cette expérience et de tester mes limites physiques. »







Un mot sur votre choix de citations de « In a Dark Time » de Theodore Roethke et sur votre thème musical, avec « There's Mama », écrite et interprétée par Rylee Morris.


Sara et moi avons choisi ensemble les citations du poème de Theodore Roethke.

Pendant des années, j'ai demandé à Sara ce qui la poussait à courir et à s'entraîner pour participer à un défi aussi difficile. Elle m'a souvent répondu : « Pour aller au bout de mes capacités, pour trouver ma limite ». Je me suis alors souvenue d'un poème que j'avais étudié à l'université il y a plus de 30 ans. Et je lui ai demandé : « C’est ça que tu veux dire ? » elle m’a répondu « Oui, c'est ça ! » Ce poème est donc devenu comme une étoile du berger qui nous a guidées tout au long de la production.


Rylee Morris, la fille de Sara (ma petite-fille), apparaît dans le film et soutient énormément sa maman dans la course. Elle voulait participer et a proposé d'écrire et d'interpréter sa chanson. Nous adorons le résultat, qui pour nous parachève notre film.



Que pensez-vous des sports extrêmes et du fait qu'ils semblent attirer un public de plus en plus large. Est-ce un signe des temps ? Y a-t-il selon vous d'autres facteurs qui sous-tendent ce phénomène ?


Mon opinion personnelle sur les sports extrêmes est que, en tant que société, nous nous engourdissons de bien des façons parce que nous sommes trop stimulés de toutes parts. Nous essayons, les amateurs des sports extrêmes essaient d’aller chercher un frisson qu'ils ne possèdent pas dans leur vie quotidienne.


Mais il y a aussi des gens comme ma fille qui courent pour mieux se connaître, pour tester leurs capacités, et faire des découvertes. Sara a fini par découvrir la chance qu'elle avait d'avoir le soutien de ses amis et de sa famille et d'écouter son corps et ce qu'il lui disait être sa limite. Elle a couru et fait de la randonnée de la meilleure façon possible ce jour-là. J'aime ce vers du poème qui exprime tout à fait cela : « Homme (femme) déchu(e), je me libère de ma peur. Libre, dans le vent glacial. »



Pouvez-vous nous en dire plus sur Soft Hands, votre prochain film, récemment nommé quart de finaliste aux 2022 PAGE International Screenwriting Awards et au Vail Film Festival ?


C'est l'histoire de Doug, un garçon de 14 ans qui perd sa mère à la suite d'une overdose.

Il va vivre avec son grand-père, dont il avait été séparé. Dans cette ferme du sud du Texas, lentement, ils apprennent à se connaître et découvrent qu'une famille perdue peut aussi être retrouvée, et aussi que Doug a un don pour les animaux.

Son grand-père lui dit : « N'aie pas peur des animaux, ce ne sont que des êtres humains. Ils ont des sentiments ». Ce projet est en cours; j'espère le tourner l'année prochaine.



Ma vision du cinéma post-COVID :


Aujourd’hui, nous passons nos journées sur nos téléphones portables où nous trouvons de nombreuses opportunités de créer des contenus. Malgré cela, j’espère que nous saurons préserver l’expérience collective des cinémas.





BIO

Jennifer Smith


Auteure, réalisatrice, avocate,

juge-avocate « Judge advocate general » de l’US Air Force (retraitée)




Missionnée en Arabie saoudite dans le cadre des opérations militaires américaines IRAQI FREEDOM et ENDURING FREEDOM. Avocate spécialiste du droit des contrats pour le gouvernement fédéral américain pendant 31 ans. Éleveuse de chiens et dresseuse de golden retrievers et cockers épagneuls anglais.

FILMOGRAPHIE


Soft Hands (Court-métrage narrative) Scénariste

Finding My Edge (Court-métrage documentaire) Réalisatrice/Productrice




LIENS RÉSEAUX SOCIAUX










© ITV 2023 Isabelle Rouault-Röhlich

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